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Déjà , en 1880, Paul Lafargue écrivait dans "Le droit à la paresse" : "Une étrange folie possède les classes ouvrières des nations où règne la civilisation capitaliste. Cette folie traîne à sa suite des misères individuelles et sociales qui, depuis deux siècles, torturent la triste humanité. Cette folie est l'amour du travail, la passion moribonde du travail, poussée jusqu'à l'épuisement des forces vitales de l'individu et de sa progéniture". Lafargue citait Ciceron, "car quiconque donne son travail pour de l'argent se vend lui-même et se met au rang des esclaves" ; Xenophon : "le travail emporte tout le temps et avec lui on n'a nul loisir pour la République et les amis" ; Lessing : "Paressons en toutes choses, hormis en aimant et en buvant, hormis en paressant". Il aurait pu citer Rimbaud : "J'ai horreur de tous les métiers".
Pour le siècle suivant, citons Guy Debord écrivant en 1952 sur un mur de la rue de Seine, "Ne travaillez jamais !" ; Boris Vian "Car il y a du travail dans la vie / Moi j'aime pas l'travail mais j'aime bien la vie / Et j'vais voir de quoi elle a l'air / En f'sant gaffe à ne pas trop en faire" ; Jean-Claude Pirotte "Je l'ai dit, j'abomine le travail. Aucune activité n'exalte en moi cette certitude des lendemains qui m'afflige et m'étonne chez mes contemporains affairés. Ou chez les calmes au front droit qui ruminent avec componction les nourritures d'un sens commun de prisunic. Oui, j'abhorre le travail" ; ou encore le méconnu André Dhôtel dont l'oeuvre entière est un éloge de la paresse.

Difficile, ensuite, d'en venir au Sarkozy de la "valeur travail", de "la France qui se lève tôt", de celle des méritants, des besogneux, des intoxiqués du boulot. Ceux qui ne travaillent pas pour payer des impôts dont une partie tomberait dans la poche de chômeurs ou de RMistes qui se la coulent douce. Comme le disait récemment une groupie de Sarkozy : "Ceux qui ont le plus à craindre de Sarko, ce sont les feignants". Nous voilà prévenus. J'en viens à l'une des scies de ces cinq dernières années : "C'est la faute aux 35 heures". Parlons en. La réduction du temps de travail dépasse le cadre de la loi proprement dite pour prendre une dimension plus symbolique. La droite ne s'y est pas trompée puisqu'elle a principalement concentré ses attaques sur une RTT vouée aux gémonies (on se souvient des déclarations pétainistes de Raffarin sur le sujet). Le patronat, à travers le chantage que représente l'abandon de la RTT contre la promesse de ne pas délocaliser, à Cenon (Fenwick), et sur d'autres sites, reprend assurément le dessus. L'absence d'une solidarité syndicale ou politique digne de ce nom, voire de relais locaux dénonçant ce chantage inadmissible entraînant ici ou là la capitulation des salariés. Qu'a Cenon, les syndicats (à l'exception de SUD) aient tous signés un accord officialisant la fin des 35 heures prouve, si besoin était, la déliquescence du mouvement syndical. Il y a d'autres responsabilités : le PS n'a que très médiocrement défendu une loi qui porte pourtant le nom d'un ministre du gouvernement Jospin, et les gauchistes semblaient davantage concernées par les présidentielles de 2007.

Nous n'aimons pas le travail. Nous aimons la vie, les livres, la musique, l'herbe des talus, le rire des filles, les jeux des enfants, les promenades au crépuscule, la rosée du matin, l'attente de la femme aimée, les dérives urbaines, l'ivresse que procure le vin, la sieste sous les tilleuls, mais nous détestons le travail salarié.
La vie, la vraie vie pour nous commence à partir du moment où nous ne sommes plus obligés de la gagner. Ce travail destructeur, dégradant, dévalorisant, dénué de l'intérêt qu'on dit y trouver. Nous le détestons d'autant plus qu'il nous ôte la possibilité, voire l'envie de nous livrer à tous les plaisirs énumérés plus haut, et à tant d'autres.
La servitude volontaire ? C'est aussi celle du salarié qui croit aimer son travail, ou qui s'en défendrait tout en valorisant la "communauté du travail", ou encore du travailleur qui s'y résigne (tout comme il se résigne à tout en règle générale). Et que dire de ceux qui en jouissent quand ils exercent un pouvoir sur des subordonnés !

Travailler vient du latin "trepalium", du nom d'un instrument de torture. En ancien français et dans le langage classique travailler signifiait "faire souffrir physiquement et moralement" . Souvenez vous-en.
Vive la glande !