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Il était une fois un chef d'état nouvellement élu, un dessinateur humoristique, et trois petites mouches facétieuses.
Le jour même où il obtenait de la direction du Monde la mise au placard du dessinateur Plantu (lequel préféra quitter le quotidien du soir plutôt que d’illustrer en page 21 la rubrique sportive), le Président Sarkozy réalisa que des mouches virevoltaient au-dessus de sa tête. Elles étaient trois, comme dans les dessins du caricaturiste dont il venait d’avoir la peau. Sarkozy, d’abord interloqué, expliqua cette présence par l’été particulièrement chaud et orageux de cette année 2007.Cependant, à la faveur d’une baisse sensible et brutale de la température, les mouches n’en disparurent pas pour autant : elles continuaient à tourner et à virevolter autour de lui avec encore plus d’entrain. Elles me narguent, grinça le Président.

Il s’en ouvrit à son entourage et demanda qu’on le débarrasse illico presto de cette engeance. Chacun ouvrit de grands yeux : de quelles mouches parlait le Président ? Les conseillers avaient beau regarder, ils ne voyaient rien. Le Président travaillait trop. Il lui fallait prendre du repos, se ménager. Ajoutons à l'attention du lecteur que dans ces moments là les mouches disparaissaient, par malignité sûrement. A l’automne, durant la semaine qui suivit la sanglante répression de la seconde émeute des banlieues, une quatrième mouche apparut. Puis une cinquième, lors du vote par le parlement de la limitation du droit de grève dans la fonction publique. Enfin une sixième, à l’occasion d’une proposition en Conseil des ministres d’un «statut de l’opposition» (pénalisant, entre autre, tout propos diffamatoire, ou considéré tel, envers le chef de l’État). Les conseillers et les ministres du gouvernement avaient fini par admettre l’existence de ces mouches sans pour autant en avoir vu la couleur. Mais les colères du Président Sarkozy étaient telles qu’il valait mieux ne pas le démentir, surtout en ce qui concernait ce genre de lubie. Et plusieurs responsables du parti majoritaire avaient compris qu’ils n’obtiendraient de l’avancement ou de la considération qu'en carressant le Sarkozy dans le sens du poil. Il ne fallait pas trop en faire cependant : Juste acquiescer en feignant l'accablement lorsque le Président évoquait cette détestable promiscuité

Un peu plus tôt, Sarkozy s’était rendu au chevet de Le Pen, agonisant. Ces mouches, en fin de compte, accompagnaient à l’origine le leader du FN. Peut-être que la vieille ganache, fort ménagée depuis le début du quinquennat, connaissait la recette qui permettrait de liquider toutes ces mouches. Sarkozy fit mille promesses au moribond (qui ne lui coûtaient guère, c’était là affaire de calendrier), puis aborda le sujet sensible. Malheureusement Le Pen décéda avant d'avoir émis la moindre réponse. Et le petit Nicolas s’en revint fort dépité dans son palais de l’Élysée.
A l’occasion du vote sur la réforme du code du travail une septième mouche apparut. Un conseiller, qui avait des lettres, raconta à Sarkozy l’histoire du petit tailleur. Il faut absolument retrouver cet homme, s’exclama le Président, lui seul peut me délivrer de ces sept mouches ! Les plus fins limiers de la police et de la gendarmerie furent mobilisés. On finit par mettre la main sur l'intéressé et on l’expédia de toute urgence à l’Élysée.
«Mais tu es encore plus petit que moi, s’étonna Sarkozy quand on lui amena le bonhomme. Enfin, je sais que tu as tué sept mouches d’un coup. Débarrasse moi de ces maudits insectes qui me pourrissent la vie depuis de longs mois et je te récompenserai sans compter». Le petit tailleur réfléchit un moment, puis déclara : «D’accord, mais comme il s’agit de tuer sept mouches j’aurais sept faveurs à vous demander en échange. Je vais toutes vous les écrire pour ne rien oublier». Sarkozy se frottait les mains de satisfaction. Il va me demander, imaginait-il, d’assister à un concert de Johnny, ou de faire du bateau avec Jean Reno, ou de jouer dans le prochain épisode des «bronzés», ou d’aller aux USA rencontrer Tom Cruse, ou de participer à une émission de Michel Drucker, ou de dîner en compagnie de Glucksmann, ou de passer la nuit avec... enfin... hum...

Lorsque le petit tailleur lui lut ses souhaits les uns après les autres, Sarkozy n’en crut pas ses oreilles. Ce nabot lui demandait d’abroger la loi sur la limitation du droit de grève dans la fonction publique, celle sur le statut de l’opposition, et celle sur la réforme du code du travail ! Il demandait aussi le limogeage du ministre de l’Intérieur et du secrétaire d’État à la sécurité intérieure pour leur responsabilité dans la répression des émeutes de l’automne dernier, et le retour en première page du Monde du dessinateur Plantu ! Plus l’abrogation de deux autres mesures prises au lendemain des élections législatives de juin 2007 !
«Je vais te casser la gueule, éructa Sarkozy !». Puis il se retint : un homme qui tue sept mouches d’un coup pouvait avoir du répondant, on ne sait jamais. Il fit donc condamner le petit tailleur pour «injures au chef de l’État». On lui rapporta qu’à l’annonce du verdict, le tailleur s’était écrié : «Sarkozy ne dépassera pas le cap de la treizième mouche».

Cette treizième mouche apparut un pâle matin d’hiver. Le soir même, sous la pression populaire, Sarkozy quittait la France pour le Gabon (le pays qui venait de lui accorder l’asile politique). Le petit Nicolas aurait préféré les États-Unis, mais ceux-ci venaient de choisir un président démocrate.

Moralité : N’attendons pas une hypothétique treizième mouche pour nous débarrasser de Sarkozy.

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